Jeanne Damas s’est toujours entourée d’esprits créatifs : des amies photographes, musiciennes, peintres... Autant de sources d’inspiration qui l’accompagnent chez Rouje. 


D’une rencontre avec Philomène Cohen - Parisienne pur jus, New-Yorkaise d'adoption et éditrice du magazine Speciwomen - naissent les Portraits en Rouje.  Des interviews et séries photo pour mettre à l’honneur les talents féminins d’aujourd’hui et de demain.

« Au-delà des vêtements, les Portraits en Rouje montrent des personnalités. Une histoire de femmes, de créativité, de partage… Les piliers de Rouje, à travers une série de portraits » explique Jeanne Damas.

Jeanne Damas s’est toujours entourée d’esprits créatifs : des amies photographes, musiciennes, peintres... Autant de sources d’inspiration
qui l’accompagnent chez Rouje. 


D’une rencontre avec
Philo Cohen - Parisienne pur jus, New-Yorkaise d'adoption et éditrice du magazine Speciwomen - naissent les Portraits
en Rouje.  

Portraits en Rouje

Des interviews et séries photo pour mettre à l’honneur les talents féminins d’aujourd’hui et de demain.

« Au-delà des vêtements, les Portraits en Rouje montrent des personnalités.
Une histoire de femmes, de créativité, de partage…
Les piliers de Rouje, à travers une série de portraits »
explique Jeanne Damas.

PC: Comment ce nouveau style de vie à Mexico a-t-il affecté ou modifié le travail que vous faites ?


G : Je ne sais pas. J'ai l'impression d'être plus ouverte aux nouvelles rencontres ou aux explorations. Ce n'est pas que j'ai peur, mais sortir autant ou multiplier les projets m’intéresse moins ici. Je retourne également à la Nouvelle-Orléans dans quelques mois, donc je pense que je ne veux pas continuer à construire quelque chose en sachant que je pars. Je dirais que j’ai certainement lu davantage sur la violence contre les femmes ici. L'été dernier, j’étais au Nicaragua pour voir de la famille et ils continuent d'être réprimés par la dictature. J'ai travaillé à documenter cela avec des photographies et des vidéos, et j'ai fait quelques interviews avec des artistes principalement féminins à Managua et Esteli - pour voir leurs perspectives de création artistique à une époque où le contrôle des corps et des actions est si strict.

Quand on revient aux États-Unis et en Europe ou ailleurs, les gens ne savent même pas ce qu’il s’y passe. C’est notamment dû aux médias qui ne parlent pas de ces informations. Je souhaite qu'il y ait plus de conscience de l'Amérique latine. De nombreux chefs d’Etats contrôlent qui a accès aux informations. C'est parfois compliqué, mais j'aimerais que plus de gens essaient de lire sur ce qu’il se passe. Qu'ils essaient de trouver plus d'informations.





Gabby porte la jupe Constance et la blouse Dany

Gabby est une artiste pluridisciplinaire qui travaille principalement avec les images et les archives. Elle vit et travaille entre la Nouvelle-Orléans et Mexico.

J'ai rencontré Gabby lors d'un de mes voyages au Mexique, une semaine avant son retour pour la Nouvelle-Orléans. On a discuté pendant une heure dans son loft ensoleillé, où la lumière traverse les filtres colorés qu'elle a accroché sur les fenêtres de son salon. Notre conversation a tourné autour du travail avec sa propre binationalité et des multiples racines de l’identité. À l’aide d’archives personnelles et collectives, en utilisant différents supports, Gabby reconstruit les récits de l'histoire de sa famille, à la croisée des chemins entre documentaire et fiction.




par Philo Cohen Speciwomen 

Photographies de Maureen Evans

Gabby Steib

Philo Cohen pour Speciwomen: Où avez-vous grandi ?


Gabby Steib: Je suis née à la Nouvelle-Orléans. Ma maman est mexicaine et sa maman est nicaraguayenne. Mon père vient de la Nouvelle-Orléans. Il y a plus d'un an, j'ai obtenu ma citoyenneté mexicaine. A ce moment-là, j'enseignais à plein temps et j’avais du mal à prendre soin de moi - de mon corps, de ma santé. Je devais changer certains aspects de ma vie. J'ai l'impression que beaucoup de Mexicains de deuxième et troisième génération reviennent au Mexique pour se connecter avec leurs racines ou leur passé. C’est peut-être un cliché. Depuis que je suis venue ici, je suis beaucoup plus consciente de mon rôle et de mes privilèges. Car c’est un privilège absolu d’être Américain et d’avoir ces papiers. En venant ici, je suis tellement plus consciente de qui je suis, de mon rôle et des rôles des autres.




PC: Travaillez-vous principalement avec vos propres archives familiales ou les archives des autres ?


G : Au début, c'était surtout les archives de ma famille, ensuite j'ai essayé de mélanger ces images avec celles trouvées. Pas vraiment pour recréer l’histoire des autres, car ça peut aussi être problématique, mais pour prendre des morceaux et faire une histoire unique. J’essaye de préserver ces documents et de les connecter. Surtout entre l'Amérique latine et la Nouvelle-Orléans. J’étudie les frontières entre les États-Unis et l'Amérique latine. J'ai fait beaucoup de sérigraphie cet été lors d’une résidence à la Joan Mitchell Foundation de la Nouvelle-Orléans. J'ai également travaillé avec des images que j'ai trouvées ici au Mexique et les ai superposées sur un texte de mon arrière-grand-père que j’ai retrouvé. Il avait écrit sur la dictature au Nicaragua et c’est encore tout à fait d'actualité aujourd'hui.


PC: Pourriez-vous me parler du contraste entre les personnes dont vous explorez l'histoire et la vôtre ?


: Quand j'ai quitté les États-Unis pour la première fois pour venir au Mexique, j'ai ressenti beaucoup de culpabilité. J'avais travaillé principalement avec des immigrants. J'enseignais aux immigrants. J'ai beaucoup de famille et d'amis qui sont des immigrants. Et beaucoup d’entre eux étaient en colère. Mes parents n'étaient pas heureux. J'ai l'impression que toutes les personnes que j'ai connues, qui ont fait tant d'efforts, qui ont eu du mal à traverser la frontière et qui ont traversé tant d'expériences douloureuses, se demandaient un peu ce que je faisais. J’avais peur que ce départ soit stupide, mais une autre partie de moi voulait prendre ce risque.

Je ne me suis jamais prise au sérieux en tant qu'artiste. Je travaillais beaucoup avec des enregistrements sonores et sur le terrain. J'ai toujours fait de la photographie. Mais à mon arrivée ici, j'ai commencé à explorer plus d'archives photos, vidéos. J'ai été fascinée par la dimension du public contre le privé. Préserver des choses dont certaines personnes ne se soucient pas. Par exemple, personne dans ma famille ne s’est jamais dit : "oh, nous devrions faire quelque chose avec ces photos." Toutes les photos et tous les documents que mes grands-parents avaient sauvegardés documentent finalement les paysages politiques, la migration, l’histoire de la Nouvelle Orléans... J'ai l'impression qu'elles devraient avoir un musée.






PC: Votre travail est hybride. Il englobe certaines écritures, certaines voix, certains sons. Pourriez-vous nous parler un peu de votre utilisation des médias mixtes ?


: Je ne peux pas me tenir qu’à une chose. Je suis intéressée par d'autres façons de créer de l'art ou de faire passer des messages, ce qui, selon moi, est en constante évolution. Ce n'est pas que j'ai renoncé à ces médiums, c'est que je veux tout essayer: son, vidéo, photo, sérigraphie. Je n’excelle pas dans chaque domaine, mais je me sens plus connectée à la photo et à la vidéo.


PC: Trouvez-vous que la vidéo est plus facile à explorer vous-même ?


G : Avec la vidéo, il y a plus d'options. C'est plus fluide qu'avec la photo. Je ne l'avais pas vraiment utilisée jusqu'à ce que je commence à tourner en Super 8. C'est cher, mais c'est incroyable, ce sentiment de peindre dessus… C'est incroyable de voir comment le film applique cette immense image de couleurs et de formes. La vidéo, en particulier analogique, est définitivement intemporelle. J’aime pouvoir la manipuler, jouer avec, avoir différentes options de rendu. J'ai l'impression que c'est mon principal média en ce moment.



G : Pourriez-vous parler des problèmes de classe et de genre au Mexique? En quoi est-il différent ou identique aux États-Unis ?


G : Ici au Mexique, j'ai l'impression que vous êtes soit vraiment riche, soit vraiment pauvre. Il n'y a pas de classe moyenne. Et je suis tellement consciente des questions de genre ici. Les femmes qui manifestent au Mexique se battent littéralement pour leur vie. Le taux de féminicide y est scandaleux, il est également très élevé au Salvador et au Honduras. Aux États-Unis, je pense que nous pouvons avoir tendance à dire : "ouais, je suppose que je suis féministe, mais ça ne me touche pas vraiment", mais ici il n'y a pas d'autre option. 10 femmes sont tuées chaque jour rien qu’à Mexico. Les femmes ici se battent pour un droit humain fondamental - ne pas être tuée par un homme. Aux Etats-Unis, j'ai assisté aux manifestations quand Alton Sterling a été abattu à Baton Rouge, j’ai vu la destruction de monuments historiques et racistes à la Nouvelle-Orléans. C’était aussi lié aux dernières élections aux États-Unis, les problématiques de race et de violences racistes étaient toujours dans l'air. Cependant, les manifestations ont été beaucoup plus modestes qu'ici au Mexique. Ici, ils viennent aux portes des bureaux du gouvernement ou brûlent les postes de police dans la Zona Rossa


Gabby porte le cardigan Azia

Gabby porte la robe Daria

Gabby porte la robe Gabinette