Jeanne Damas s’est toujours entourée d’esprits créatifs : des amies photographes, musiciennes, peintres... Autant de sources d’inspiration qui l’accompagnent chez Rouje. 


D’une rencontre avec Philomène Cohen - Parisienne pur jus, New-Yorkaise d'adoption et éditrice du magazine Speciwomen - naissent les Portraits en Rouje.  Des interviews et séries photo pour mettre à l’honneur les talents féminins d’aujourd’hui et de demain.

« Au-delà des vêtements, les Portraits en Rouje montrent des personnalités. Une histoire de femmes, de créativité, de partage… Les piliers de Rouje, à travers une série de portraits » explique Jeanne Damas.

Jeanne Damas s’est toujours entourée d’esprits créatifs : des amies photographes, musiciennes, peintres... Autant de sources d’inspiration
qui l’accompagnent chez Rouje. 


D’une rencontre avec
Philomène Cohen - Parisienne pur jus, New-Yorkaise d'adoption et éditrice du magazine Speciwomen - naissent les Portraits
en Rouje.  

Portraits en Rouje

Des interviews et séries photo pour mettre à l’honneur les talents féminins d’aujourd’hui et de demain.

« Au-delà des vêtements, les Portraits en Rouje montrent des personnalités.
Une histoire de femmes, de créativité, de partage…
Les piliers de Rouje, à travers une série de portraits »
explique Jeanne Damas.

Sienna porte le cardigan Azia et la robe Gabin

Photo de groupe de l'équipe Chroma par Mary Kang

Sienna porte la robe Gabin

PC: Comment le projet a-t-il évolué et s'est-il transformé au fil des ans?


SF: Nous avons tellement grandi. Travailler avec des amis peut être très difficile, certaines personnes n’arrivent pas à travailler ensemble, donc je me sens très chanceuse d’avoir une telle dynamique. Il y a beaucoup de chemin à parcourir, beaucoup de choses entrent en jeu en associant amitié, passions artistiques personnelles et affaires : trouver l’équilibre est primordial. Je pense que nous avons beaucoup appris au cours des deux dernières années. Nous avons commencé à l'été 2017, depuis, beaucoup de choses sont sorties et la cadence a changé. Nous étions si rapides, trop rapides. Nous avons organisé notre première conférence à l'hiver 2017. Nous avons eu dix conférences différentes, des tonnes de gens venaient, nous étions à 8Ball Community, c'était totalement DIY. Quatre mois plus tard, nous avons eu notre deuxième conférence au Knockdown Center, où plus de 30 femmes de couleur ont pris la parole. C'était un lieu immense avec lequel nous travaillions avec un aromathérapeute, des scénographes, la conservation de l'espace, et plus de 600 personnes sont venues. On a travaillé si vite que nous devions respirer un coup et nous assurer de ne pas nous épuiser, pour que le projet soit durable.


Enregistrement d'un podcast Chroma Radio chez Red Bull Arts à New York avec June Canedo et Ladin Awad

— Flyer pour l’installation
The Miami Tapes par Rin Kim

— Extrait d’un épisode
du podcast Chroma Radio
par Rin Kim

Women Of Color Building Bridges Between Resources and Needs par Adisa Douglas et Sasha Hohri

Chroma x Awake NY fundraising collaboration

Sienna porte la veste Albert

Sienna est productrice et vit à Brooklyn. C’est l'une des co-fondatrices de Chroma, un studio de création interdisciplinaire fondé en 2017 avec ses deux partenaires June Canedo et Ladin Awad. Leur plate-forme vise à encourager la diversité et à créer des espaces dédiés aux expériences des femmes de couleur dans les arts et les médias.


Je rencontre Sienna un vendredi matin dans son confortable appartement ensoleillé à Clinton Hill, Brooklyn. Elle me fait du thé et nous nous asseyons à sa fenêtre, sur son canapé, pour évoquer les débuts de sa propre plateforme, mais aussi l’idée de collaboration, de succès médiatique et l'importance des figures maternelles.


par Philo Cohen Speciwomen 

Photographies de Milah Libin

Sienna Miles Fekete
— Chroma

Février 2020 — Brooklyn, NY

« Car vous constaterez, comme les femmes l'ont constaté à travers les âges, que changer le monde nécessite beaucoup de temps libre. Nécessite beaucoup de mobilité. Nécessite de l'argent et, comme le dit si bien Virginia Woolf, «une chambre à soi», de préférence une avec une clé et une serrure. » - Alice Walker.


Philo Cohen pour Speciwomen: J'adore la citation d'Alice Walker dans le bulletin d'information de Chroma de novembre 2018. Changer le monde nécessite du temps, de l'argent et de l'espace. Vous êtes activement impliqué dans votre mission tout en obtenant simultanément votre maîtrise en art et politique publique de NYU, comment équilibrez-vous tout cela?


Sienna Fekete: J'ai postulé au programme en toute transparence et même en mettant en avant Chroma dans ma candidature pour que tous mes professeurs le sachent. Tout le monde arrive avec « un projet » et essaye de l’inclure à son CV. Ils y bénéficient de l’expérience de tous les professeurs et de tout ce qu'ils font. C’était vraiment beau. En novembre dernier, j'ai participé à un incubateur sur la crise climatique à CultureHub avec Chroma et mon professeur était vraiment excitée, parce qu'elle est elle-même poète et militante écologiste. Elle a trouvé ça génial de voir comment ça alimentait tout ce sur quoi je travaillais, d’en parler aussi en classe ensuite. C'est comme une symbiose : la bulle du monde universitaire rencontre celle de la vie réelle.


PC: Vous êtes également en constante collaboration avec les deux co-fondatrices de Chroma. Comment se répartit le travail en groupe avec elles ?


SF: Le principe du collectif est beau. Ladin [Awad] et June [Canedo] sont également souvent en voyage, toutes les deux jonglent avec le tout. Elles sont souvent au Brésil et au Soudan, donc on organise des conférences téléphoniques dans trois fuseaux horaires différents. Les responsabilités et la façon dont nous faisons avancer les choses sont partagées entre nous trois. Parfois, l’une a plus de disponibilités pour s’emparer d’un sujet ou l’autre peut se consacrer à ceci ou cela, donc on arrive à s’organiser et ça semble plus gérable.


PC: Comment avez-vous rencontré Ladin et June?


SF: Nous nous sommes rencontrés par des amis d'amis à New York. J'ai rencontré Ladin à la New School et June lors d'un voyage au parc de sculptures Storm King. On voulait toutes les trois parler d'histoires de femmes de couleur dans le monde de l’art. Comme je fais de la radio et des podcasts, on a décidé de travailler avec l'audio. Le projet a vite dépassé le podcast ou la conférence, c'est devenu un collectif. Aujourd’hui, Chroma est une entreprise, officiellement une LLC. C’est allé assez vite !



PC: Pouvez-vous parler un peu du podcast en tant que média, de comment les sons transmettent des informations ? Et quelle relation les gens entretiennent avec le podcast ?


SF: Je pense que la radio et l'audio ont toujours été mon médium parce que c'est vraiment intime. Surtout parce que dans les régions métropolitaines, tout le monde est dans les transports avec un casque allumé. Ils font leur vie, et pourtant ils vivent cette expérience intime. C'est profondément personnel, comme si vous étiez dans la pièce avec cette personne. C'est ce que je ressens toujours et je pense que c'est ce qui est génial avec le podcasting. De plus, c'est une plate-forme inclusive et vraiment accessible. Tout le monde peut créer un podcast. Certains obtiennent plus de financements ou sont soutenus par grandes institutions, mais n'importe qui peut réellement créer un podcast et le télécharger sur SoundCloud. J'adore cet aspect universel.


PC: Comment faites-vous votre sélection ? Quels sujets voulez-vous aborder ?


SF: Chez Chroma, nous parlons beaucoup de l’intention. Autour de quoi rassemblons-nous les gens ? Comment faire pour ne pas se contenter d’effleurer un sujet ? Qu'est-ce que j'essaye de dire ? Quel public suis-je en train d'essayer d'atteindre ? Le sujet est-il réellement intéressant et nouveau ? C'est vraiment difficile d'être original parce que nous nous éloignons de nos ancêtres, de nos prédécesseurs et de tous ceux qui ont déjà été artistes dans leur vie. Qu’est-ce qui est profondément personnel ? Qu'est-ce qui vient directement de la communauté dont nous faisons partie ? Nous demandez toujours à des amis et d'autres artistes ce qu’ils veulent voir, de quoi veulent-ils entendre parler, qu'est-ce qui leur semble pertinent en ce moment.


PC: En termes de panels et de conférences, les organisateurs vous contactent-ils directement ? Quel est le processus ?


SF: Dans le passé, pour les conférences, nous avons contacté des gens parce que nous avons mis en place des thématiques et crée des conversations à partir de ça. En fonction de nos centres d’intérêts, j'ai souvent envie de faire quelque chose autour de ce qui se passe dans l'industrie musicale et la représentation, ou plutôt le manque de représentation, dans les espaces musicaux underground. J'adore la musique, l'art sonore et la plateforme de radio. Pour nos conférences Chroma, c'est une combinaison d’amis artistes et d’autres contacts. Par exemple, pour un événement avec l'incubateur écolo CultureHub, nous avons publié un appel en ligne sur Instagram et obtenu un tas de propositions. Nous avons sélectionné celles qui nous semblaient les plus développées et pertinentes pour la programmation. Nous continuons à collaborer avec des artistes et même d'autres collectifs, ce je trouve vraiment puissant. En 2018, nous avons établi un partenariat avec un collectif basé à Miami appelé (F) EMPOWER pendant Art Basel. Nous avons organisé toute une série de conversations, l'avons archivée et ajoutée à notre série de podcasts CHROMA RADIO. Il était important pour nous de nous associer à un collectif local, qui fait partie de cette communauté. Travailler avec d'autres collectifs portés par des femmes de couleur est l'une des façons dont nous pouvons collaborer et grandir dans chaque ville où nous allons.


Sienna porte le cardigan Azia et la robe Gabin

PC: Selon vous, qu'est-ce qui a changé ces dernières années et à New York qui rend plus ou moins accessible le démarrage de collectifs et le militantisme?


SF: Je pense que les gens ont enfin des conversations plus transparentes sur l'argent et que les gens sont correctement payés. Surtout les femmes noires, les femmes indigènes et les autres femmes de couleur. Pendant si longtemps, tout le monde savait que c’était problématique mais n’en parlait pas. Être payé pour ses idées ou sa créativité était inaccessible pour beaucoup. La situation classique où les idées des femmes sont volées, non créditées et non monétisées est très courante. Je pense que les gens le réclament davantage, notamment grâce aux réseaux sociaux; personne ne veut être dénoncé, en particulier les grandes entreprises, donc je pense que les gens ont un sens plus élevé de la responsabilité, ce qui est important. Chez Chroma, nous avons appris la nécessité de l’espace. Les lieux sont difficiles à trouver à New York, en particulier pour les conférences par exemple. Nous avons fait notre première conférence avec 8 Ball Community puis au Knockdown Center. Tous deux nous ont fait bénéficié de leurs espaces. Ce n'étaient pas des événements lucratifs. Avoir un lieu nous a permis de faire des conférences et d'avoir toutes ces conversations incroyables, tellement de gens sont venus et de connexions ont été établies.


PC: Les événements en direct complètent vraiment les dialogues et l'expérience en ligne.


SF: Je réfléchissais à la façon de créer des lieux plus accessibles, surtout dans une ville insulaire comme New York. J’aimerais aussi que ces espaces soient finalement plus intergénérationnels, avec pas seulement des millenials, mais aussi des aînés, des jeunes dans la salle. Il y aurait une super dynamique et des archives puissantes.


PC: Archivez-vous tout ce qui se passe en direct?


SF: Oui. Pour chaque événement que nous faisons, nous enregistrons un podcast. Il vit en ligne pour ceux qui ne peuvent pas être là en personne puissent écouter. Nous prenons également des photos, nous capturons des vidéos. Nous essayons vraiment de nous auto-archiver et de raconter nos propres histoires et de prendre de la place de cette façon. C'est formidable que nous ayons ce matériel à la fois pour nous-mêmes et pour ajouter aux archives collectives de notre communauté pour amplifier nos histoires.



Installation vidéo Chroma's Continuity Conference

Sienna par Nicole Van Straatum

Polaroids du projet
« Fade Resistance » de Zun Lee,
lors de la Black Portraitures Conference 2019 à l’Université
de New York

Sienna en compagnie
de sa mère
Gayle Fekete


— Avec June Canedo
et Ladin Awad lors d’un vernissage à New York

—  The Miami Tapes, une installation Chroma lors d’Art Basel Miami en 2018

Sienna porte la veste Albert

PC: Comment parvenez-vous à maintenir à un rythme qui fonctionne pour vous, tout en atteignant les objectifs que vous vous êtes fixés pour Chroma ?


SF: Il y a eu cet article sur Chroma dans le New York Times. Le New York Times est LE journal que tout le monde lit à New York et au-delà. Même les grands-mères lisent le New York Times ! Après ça, on a commencé à recevoir beaucoup de sollicitations et réalisé qu’on ne pouvait pas dire oui à tout. Nous devons penser à ce que nous voulons vraiment faire plutôt que de simplement accepter pour la visibilité. Cet article était vraiment la première presse que nous avons accepté de faire. Nous voulions nous assurer que notre histoire était racontée correctement.


PC: Pouvez-vous parler un peu de l'importance de la communauté pour vous, notamment par rapport à votre éducation?


SF: J'ai grandi dans un environnement complètement matriarcal, donc j'avais un très bon sens du leadership féminin. Ma maman est une mère célibataire. Elle m'a élevé. C'est elle-même une artiste. C'est une danseuse, donc j'avais une très bonne base me permettant de comprendre la force et le pouvoir des femmes. Cela fait partie de toutes nos histoires, toutes nos mamans sont vraiment importantes pour nous. Je pense que ce qui est vraiment beau, c'est que nous venons de différentes cultures. Je suis antillaise et ma maman est canadienne, Ladin est soudanaise et vient de la Bay Area et June est brésilienne et a grandi dans le sud. Il y a des recoupements dans nos histoires mais aussi des différences culturelles qui nous permettent d'apprendre les unes des autres, d'honorer nos familles et nos patrimoines.